A part quelques boites de djeuns et autres startoupes branchouilles, la plupart des entreprises imposent à leurs salariés un dress-code idiot qu'on croirait assez largement inspiré d'une rencontre de l'amicale des croques-morts amateurs de tuning et de LSD.
Plus ou moins explicitement, l'ambiance banquise est de rigueur. L'objectif managérial étant sans aucun doute d'avoir une armée de clones coinços, qui étriqués derrière leurs cravates et dans leurs tailleurs bas de gamme, abattent du taf au kilo et sans moufter.
Sauf pour quelques veinards donc le t-shirt n'est pas de mise au bureau. Et, je le sais, certains qui trainent leurs guêtres ici sont frustrés de ne pouvoir se la ramener avec la dernière acquisition qu'ils ont faite ici ou ailleurs. C'est que le week end, la tondeuse, elle s'en cogne un peu du nouveau t-shirt, et la belle-doche aussi.
C'est pourquoi, je vous balourde derechef ma stratégie pour instaurer le port du t-shirt obligatoire au bureau. C'est une vieille technique resucée des guerres d'usure d'Indochine qui a largement fait ses preuves dans des contextes plus pourraves et qui vous permettra d'arborer allégrement vos plus belles fringues imprimées comme si vous étiez à la zonmé.
Pour qu'un truc rentre dans la culture d'une boite aussi facilement que dans le fion beurré d'une vieille carne sur le retour, il faut que ça déboule d'en haut. En général, les managers ne se gênent pas, quand une idée les tarabuste, à la bourriner au forceps jusqu'à ce que ça passe dans les moeurs. Me dites pas que vous appréciez vraiment, par exemple, le coup du séminaire annuel à Bodrum où vous vous bouffez et du powerpoint indigeste et du kebab rechauffé tout aussi indigeste, pendant tout un week end de mai (non payé bien sûr) ? Ou que le kawa-brainstorm du lundi matin censé développer la convivialité au sein de votre équipe de zombis, ça vous parle ?
Nan hein ? Ouais, ben les méthodes à la Attila pour imposer des comportements daubiques aux étages d'en dessous, ça les connait, vos boss.
Alors, pour une fois, faites leur confiance.
Donc la question revient à : comment faire que toutes les grosses huitres de la direction se baladent décontract' avec des t-shirts colorés et décoiffants au lieu de leurs traditionnels cages à cons en tissu rayé ?
Commencez par gratter un article sur le "productiv wear" avec tout un tas de salamalecs sur le fait que certaines grosses entreprises US ont testé de faire mettre des t-shirts à slogans à leur personnel et que ça tout déchiré en matière de productivité. Avec des fringues confortables, légères et surtout communiquantes, leurs gus ont envoyé les bénéfs faire péter le plafond. D'une part, parce que libérés des tenues strictes qui les engonçaient dans les vieilles recettes du bizness, ils se sont mis à imaginer de nouvelles méthodes pour faire exploser les profits comme une éjac infinie de pognon frais. D'autre part, parce que les slogans choisis du type "je suis un killer du cost-killing " "aujourd'hui, je double mon chiffres d'affaire, "la productivité ou la mort", "objectif zéro défaut" ou encore "mes clients sont tellement heureux qu'on dirait que je les suce" ont joué comme un stimulant chanmé à l'émulation collective en vue du bien-être global, mais surtout financier, de l'entreprise.
Créez quelques faux sites web sur le sujet, histoire de multiplier les sources d'infos.
Faites un petit montage pour donner à votre bafouille un air de coupure de journal. Ensuite photocopiez le plusieurs fois pour rajouter une couche de vécu et stabilobosser les passages les plus crétins pour faciliter la lecture en diagonale.
Laissez ensuite trainer votre prose sur le burlingue de l'assistante la plus chaudasse de votre boite. Burlingue autour duquel gravitent comme par hasard toutes les vieilles baleines, pour vérifier à la fois leur messagerie (celle de leur bureau ne fonctionnant bizarrement pas) et l'adage bien connu que le pouvoir rend lourdingue avec la gente féminine à gros seins.
Et je vous fiche mon billet que d'ici deux mois (le temps que ça décante et que ça passe par tout le process de validation et contre validation qui fait figure de réflexion dans votre boutique) vous vous récupérez une directive sur le productiv wear.
C'est tellement énorme que ça peut que passer.
Si jamais ça traîne, un petit mail envoyé depuis la cellule vieille des R&D ou de la DRH, où vous avez vos entrées, devrait réactiver le bazar.
Ok, vous devrez vous fader des t-shirts avec des slogans à la mord-moi-le-noeud pendant quelques mois. Mais, comme dans toute bonne turne, l'objectif initial de la mesure se noyera dans le flot continu des foutaises managénériales et la base n'en retiendra que les grandes lignes, c'est à dire, celles qui l'arrangent.
Pour accélerer ce process d'embrouillage, pointez-vous un jour, sous le prétexte que tous vos t-shirts officiels sont sales, avec un t-shirt standard, sans slogan verbeux. Si on vous fait une remarque, argumentez que vous n'alliez quand même pas retourner à ce carcan contre-productif et rétrograde qu'est le costard-cravate ou le tailleur prout-prout.
L'exception acceptée une fois devenant vite une habitude, il ne vous restera plus qu'à y aller mollo sur la transgression, jusqu'à ce que vous puissiez tous enfin porter en toute quiétude, vos t-shirts les plus classos, aux graphismes chiadés, aux couleurs hallucinées et aux coupes dezinguées.
Y compris votre t-shirt fétiche, celui avec le big trou de boulette au niveau du nombril.
C'était la chronique estivale du E-consultant